Hélène R. raconte son métier de psychomotricienne


Infos photos:

Photo en noir et blanc: anonyme

(autorisation d’utilisation acceptée)

 

Perles: L’Art de flâner

 

Schéma: officiellement reconnu


 

Afin de répondre au plus juste à mon questionnaire, Hélène R. s’est faites aider par des connaissances qui pratiquent le même métier. Vous en saurez un peu plus sur le métier en lui même, les études, les différents univers dans lesquels il est possible de travailler ainsi que les multiples valeurs dont il fait part.

 

Qu’est ce que le métier de psychomotricien?

La psychomotricité est une thérapie à médiation corporelle. A travers le corps, nous allons agir sur les affects, la cognition, la relation, l’humeur, l’estime de soi de la personne, afin qu’elle retrouve un équilibre interne, et avec son environnement. Le psychomotricien va donc jouer, bouger, chanter, pour accompagner le développement moteur, psychologique et affectif de la personne. Le but étant que celle-ci se sente au mieux dans sa tête et dans son corps, exploite au mieux ses capacités. Cela pourra l’aider par exemple à mieux apprendre, à être moins stressée, à mieux communiquer, à mieux exprimer/accepter ses émotions, à diminuer les douleurs, à diminuer les angoisses, à gagner en autonomie, à prendre confiance en elle, à mieux entrer en relation… Nous faisons partie des équipes rééducatives et paramédicales.

Peux tu expliquer brièvement une journée type?

Les journées dépendent beaucoup de l’endroit où l’on travaille. Mais de manière générale, je dirais qu’une journée type, c’est d’abord l’arrivée, avec un bonjour aux collègues, et aux personnes dont on s’occupe si elles sont déjà sur place. Ensuite, en général le psychomotricien a un planning de la semaine. Il peut varier entre séances individuelles et séances de groupe. Il peut s’associer à d’autres professionnels pour les séances afin d’affiner le regard thérapeutique (éducateur, kinésithérapeute, ergothérapeute, orthophoniste, psychologue…). Les séances individuelles durent en général entre 20 et 45 minutes. Les séances de groupe durent en général entre 1h et 1h30. Mais encore une fois, cela varie beaucoup selon les lieux de travail. Parfois le psychomotricien accompagne des temps de la vie quotidienne, comme les repas le midi par exemple. Il réalise également des bilans psychomoteurs régulièrement. Nous avons de la chance de travailler en journée (entre 08h30 et 19h au plus large) et rarement le weekend (parfois le samedi pour certains). Il est également possible de travailler en libéral. Quelques exemples de séances de psychomotricité en maison de retraite : je peux proposer un bain de détente sensorielle auprès d’une personne, afin qu’elle se détende, vive son corps positivement, le ressente, et puisse refaire des gestes du quotidien. Le bain chaud et la détente contribuent également à diminuer les douleurs. Je peux également animer un groupe autour de l’équilibre, afin de faire de la prévention contre les chutes. C’est l’occasion, à travers des jeux psychomoteurs, de prendre plaisir à être en groupe, et par la même occasion de travailler les appuis, ou l’aisance dans le mouvement quand le corps bouge dans différentes directions de l’espace. Dans ce groupe, je travaille aussi l’ancrage (se ressentir comme solide dans le corps, les pieds, la tête), et les séances contribuent à diminuer l’angoisse de chute.

Quelles études as tu fait pour devenir psychomotricienne?

Les études en France se déroulent en 3 ans, l’entrée dans l’école se fait sur concours. Il y a plusieurs écoles en France : Paris, Lille, Lyon, Hyères, Bordeaux, Toulouse… Les cours se divisent en temps théoriques et pratiques. Nous apprenons l’anatomie, la physiologie, mais aussi la psychologie, et bien sûr la psychomotricité : le développement de l’enfant, l’adolescent, l’adulte, la personne âgée. Nous abordons aussi les différentes formes de handicaps. Les cours pratiques sont l’occasion de travailler sur nous, car le corps est notre outil de travail. Nous apprenons à comprendre comment nous fonctionnons et comment fonctionne l’autre. Nous développons des approches thérapeutiques à travers l’expression, le jeu, la relaxation, le mouvement…

Dans quelles structures est-il possible de travailler avec ce diplôme?

Le psychomotricien peut travailler auprès du nouveau-né, jusque la personne âgée, et ceci en passant par toutes les formes de troubles et de handicaps. Nous pouvons ainsi travailler dans de nombreuses structures, telles que des maisons de retraites (EHPAD), des centres accueillants des personnes en situation de handicap intellectuel et/ou moteur (IEM, IME, MAS…), des structures accueillant des personnes ayant des troubles psychiatriques, affectifs, relationnels, sensoriels (CMP, EPSM, CRA, IJA, SESSAD…)… Nous pouvons aussi travailler dans les structures de la petite enfance pour faire du dépistage ou de la prévention.

Qu’est ce que tu apprécies le plus dans ta journée de travail?

La rencontre avec la personne dont je m’occupe en séance de psychomotricité. Chaque jour, il s’agit de rencontrer de nouveau la personne dans ce qu’elle est aujourd’hui : son humeur, ses envies, ses demandes. Qu’exprime-t-elle aujourd‘hui, et comment ? Comment puis-je l’accompagner au mieux pour cette séance, tout en respectant les objectifs de la séance de psychomotricité ? Souvent, quand on prend le temps de cette rencontre, la séance s’ajuste au mieux et c’est alors un plaisir de travailler. Sinon, comme cela arrive souvent en séance, j’adore me mettre en chaussettes et jouer : on a vraiment un super métier !

J’ai entendu dire quelques fois que le métier de psychomotricien était dévalorisé, pour quelle raison d’après toi?

Je pense que nous sommes un peu « hors des clous » parfois en psychomotricité, parce que nous n’aimons pas rentrer dans des cases. Nous sommes entre le « tout corporel » et le « tout psychologique », car nous travaillons précisément le lien entre les deux. Nos objectifs ne sont pas toujours mesurables objectivement, mais subjectivement. Car ils sont toujours établis selon la personne, et que tout le monde est différent. Dans certains lieux de travail, la psychomotricité est vraiment bien reconnue et nous travaillons main dans la main avec les autres professionnels. Dans d’autres lieux de travail, des notions comme « relaxation », « mieux ressentir son corps », « mieux communiquer », « exprimer une émotions », « bouger » sont accueillies comme étant secondaires. Dans ces lieux-là, le psychomotricien doit encore faire sa place. C’est plus ou moins facile. Une dévalorisation existe aussi par rapport à la reconnaissance du niveau d’étude, par rapport à d’autres professions paramédicales. Certaines sont passées à 5 ans d’études, sont mieux payées, et les séances en libéral sont remboursées par la sécurité sociale. Ce n’est pas le cas de la psychomotricité qui reste un peu à la traîne là-dessus, sans qu’on sache exactement pourquoi. En ce moment, des mouvements sont en cours auprès de l’état pour que les psychomotriciens gagnent cette reconnaissance.

Quelle est la raison de ton choix à travailler en tant que psychomotricienne?

Je cherchais un métier en lien avec les gens, pour les aider. J’aimais bien la danse et le théâtre, je voulais bouger dans mon métier. J’aimais bien aussi le lien entre les affects, la psychologie, et le corps. Je trouve que c’est un lien qu’on fait assez peu dans nos sociétés, bien qu’il soit très important.

Quelle qualité faut il avoir pour exercer ce métier?

Je pense qu’il faut être à l’aise dans son corps, et avoir envie d’aider l’autre. Je dirais aussi qu’il faut être empathique, à l’écoute, créatif. Il est important de savoir communiquer, d’apprécier travailler en équipe. Il faut également savoir se remettre en question, et avoir envie d’apprendre. Après, il faut évidemment des connaissances théoriques, savoir rédiger des écrits, etc.

Vianney Lefebvre, peintre lillois


SiteFacebook


 

Vianney Lefebvre est un peintre lillois dont l’art est, pour lui, un « terrain de jeu, d’exploration et d’évasion ». Stevan Veljkovic l’a formé à la peinture et au dessin. Son expérience grandissante lui a permis d’exposer ses tableaux, de donner des cours à domicile et de vivre de sa passion.

 

Peux tu me donner une définition simple d’une peinture abstraite et d’une peinture figurative?

La différence entre les deux est très simple : la peinture figurative représente le réel, quelque-chose qui existe physiquement ou qui fait écho à quelque-chose qui existe réellement. Même les toiles cubistes ou futuristes qui ont été le plus loin dans leur démarche sont figuratives. La peinture abstraite, selon moi, ne doit représenter absolument rien appartenant au visible mais faire ressortir l’émotion du peintre, « rendre visible l’invisible ». Je précise « selon moi », car différents courants abstraits en donneront différentes définitions. Pour ma part je suis d’influence expressionniste, mon émotion au moment de peindre prime sur tout le reste. Pour donner un exemple, la démarche d’un artiste comme Rothko se rapproche de la mienne. La peinture abstraite est selon moi la plus personnelle et la plus libre, et elle se suffit à elle-même, c’est pour ça qu’elle me correspond bien plus.

Parle moi un peu des « encres » que tu as mis en ligne sur ton site.

Les encres présentées sur mon site sont le résultat d’une longue période sans inspiration. Ces périodes me tombent dessus sans vraiment prévenir, c’est comme ça. Alors je dois essayer de trouver une combine pour mettre en jachère cette inspiration, pour qu’elle revienne de plus belle. Comme je peins habituellement à l’acrylique sur des toiles grands formats, des encres de Chine sur papier 24×30 sont à l’opposé : je voulais rompre avec mes « habitudes », si on peut appeler ça comme-ça, pour mieux les retrouver ensuite. Pour le côté plus technique, il s’agit simplement d’encre de Chine au pinceau sur papier. C’est donc extrêmement simple, c’est ce que je voulais. Aucune idée en tête avant de peindre, je laisse ma main faire le travail toute seule, et je l’arrête quand j’estime que c’est suffisant (ou qu’il faut arrêter là les frais…). Au final, là encore c’est une démarche très expressionniste car ça ne représente que mon état d’esprit mais beaucoup de gens y voient énormément de choses. J’ai tout eu comme retours à propos des encres, l’imagination des spectateurs a tourné à plein régime, et c’est parfait comme ça ! C’est d’ailleurs assez intéressant d’écouter certains avis, des personnes qui me disent « ça me fait penser à telle chose » alors que je n’ai jamais entendu parler de cette chose. Ca leur parle à eux, ils se laissent toucher à leur manière par mon travail, c’est un des côtés les plus gratifiant du métier.

Qu’est ce qui t’a donné l’envie de donner des cours personnels à domicile?

Bonne question… Il y a deux raisons fondamentales. La première, que je ne veux pas nier, c’est le côté financier : la situation actuelle pour les artistes en France est telle qu’il faut bien trouver des solutions disons à court terme. La deuxième, c’est que j’ai eu un maître fantastique, qui m’a véritablement sorti de la merde. C’est parfois tellement dur pour certains de se dire « je vais faire de ma vie une vie de peinture », qu’ils ont besoin d’une aide extérieure, une espèce de déclencheur, car ça peut avoir un côté vertigineux. Ca a été mon cas, alors si je peux à mon tour aider quelques personnes à prendre conscience de leur talent ce sera génial. Sans oublier bien-sûr que j’ai des élèves qui ne viennent que par simple plaisir de peindre, ce qui est tout aussi important. Il faut bien comprendre que prendre conscience de son don ou de son talent, appelez ça comme vous voudrez, est absolument capital pour avoir une vie qu’on aime. C’est tellement important !

As-tu une formation autre que celle que tu as eu avec Stevan Veljkovic?

Non, absolument pas. J’aurais pu aller aux Beaux-Arts ou dans n’importe quelle école d’art. Mais je suis tellement fâché avec l’école au sens hyper large du terme que je n’en ai jamais eu envie. J’ai laissé de côté le dessin pendant plus de dix ans, au collège, à cause de ma professeur d’art plastique, Madame Blanquart, qui a réussi à dégoûter de l’art des légions d’élèves. Des personnes comme elle sont clairement dangereuses en plus d’être stupides, je n’ai aucune peur de le dire. A cause d’elle j’ai perdu plus de 10 ans de ma vie à faire autre chose. Ce n’est encore que 10 ans, car ça aurait pu être toute ma vie. Mon maître m’a appris tout ce que je devais savoir pour devenir moi-même un bon peintre. Je suis un gars un peu à l’ancienne, j’ai même parfois le sentiment de m’être planté de siècle quand je suis né, et la transmission traditionnelle de maître à élève, comme depuis des siècles, me correspond entièrement. Rien ne vaut une personne qui croit personnellement en vous, qui vous le fait savoir quand il faut, et qui vous botte instantanément les fesses quand vous faites n’importe quoi. Pas de manière impersonnelle à la fin du semestre, quand vous ramassez votre sale note sans qu’on vous explique d’où elle sort, et rentrez chez vous seul avec le sentiment d’être le dernier des blaireaux. Ca peut être dramatique. Alors non, à part Stevan, je n’ai eu aucune autre formation, je lui doit absolument tout.

Peux tu me parler du tout premier tableau que tu as réalisé?

Le tout premier digne de ce nom était une gouache sur papier, un bouquet de fleurs que ma mère avait posé dans le séjour, quand j’avais 12 ou 13 ans. D’ailleurs mes parents l’ont toujours dans l’entrée de leur appartement. Sinon mon premier tableau réalisé en cours avec stevan Veljkovic est une acrylique sur toile d’assez petit format, et c’est un mouton. Je le garde près de moi dans mon atelier constamment, ça me rappelle le chemin parcouru depuis, c’est important.

A part les cours que tu donnes, que conseilles tu aux personnes qui souhaitent apprendre à dessiner?

Je dirais : observez attentivement. Travaillez votre oeil sans relâche. Ca fait mal et c’est long, mais il n’y a pas 50 solutions.

Tu dis que tes peintures dépendent un peu de ton état d’esprit au moment de la réalisation. Qu’est ce qui t’inspire de plus?

Très bonne question également… Tout peut m’inspirer ! Je suis une vraie éponge, parfois même un peu trop peut-être et ça frise l’indigestion. Je ne suis pas très expansif, je dois peindre pour m’exprimer. Tout ce que je vois, entends, écoute, sent, ressent, peut m’inspirer. Il y a tellement de choses fantastiques autour de nous mais aussi tant de choses qui me rendent dingue. En fait une immense colère provoquée par le dernier des idiots, Dieu sait s’il y en a, pourra m’inspirer autant que le sentiment quasi parfait de m’immerger entièrement dans la mer ou de me retrouver sur une crête en pleine montagne. Le résultat sera bien-sûr différent. Une discussion avec un ou une inconnue rencontré à l’improviste, un regard croisé, un concert, une phrase dans un livre, etc. Absolument tout ! Parfois j’ai un flash, une image qui arrive de je ne sais où dans ma tête. Mais à chaque fois il faut que je digère un minimum cette source d’inspiration, que je mette le doigt dessus, pour en profiter au mieux. C’est un tort je crois : vivement que je me retrouve à 60 ans avec assez d’expérience pour ne plus réfléchir du tout!

Tu fais de la guitare depuis quelques années. Y a t il une relation entre ces deux activités que tu pratiques?

C’est difficile à dire. Il y a les guitaristes (les musiciens au sens global même) qui jouent pour jouer et savent le faire bien mieux que moi. Ils ont des connaissances et des compétences techniques que je n’aurai jamais. Mais moi je joue pour créer, ce qui est totalement différent, ça n’a rien à voir. Je mets mes émotions dans ma guitare. C’est pareil pour la peinture, il y a les gens qui vont peindre le dimanche et qui le feront très bien, mais ils ne le font pas pour dire quoi que ce soit. Ce n’est pas mon cas. Ce que je dis est valable pour tous les arts. Je pense que c’est une des grosses différences entre l’artiste et le mec simplement passionné. Ta question renvoie à cette distinction en fait. Entre la passion qui fait faire certaines choses avec plaisir (et passion, donc), et l’art qui est une nécessité absolue pour l’artiste. C’est au-delà de la simple expression je pense. Une nécessité absolue, je pense que c’est ça… Je me suis rendu compte que la guitare est hyper importante pour moi, mais je ne sais pas pourquoi. Peut-être que c’est un équilibre, que c’est une autre façon de créer, une façon de délester mes émotions dans autre chose que la peinture.

Peux tu me donner une fourchette de prix des tableaux que tu exposes?

Mes toiles vont d’environ 200€ à 8-900€, selon les formats bien souvent. Les encres sont bien moins chères : 50€. Il y en a donc pour toutes les bourses ! Surtout qu’on ne m’achète pas un bibelot bidon du grand magasin suédois bleu et jaune, on m’achète un vrai travail, un savoir faire, une oeuvre unique.

As tu déjà fait une peinture sur-mesure?

Oui bien-entendu ! Presque tout peut se faire. J’ai déjà réalisé des fresques pour des chambres d’enfants par exemple, des décors de spectacle (le plus grand devait faire pas loin de 15m de long sur plus de 3m de hauteur, dans un village vacances), mais des toiles de n’importe quel format plus classique me sont le plus souvent demandées bien-sûr. Il s’agit de répondre à une attente, alors il faut en parler avec le commanditaire pour approcher au mieux de ses envies. C’est un autre côté passionnant de mon métier !